Les émotions dans la pratique philosophique

Chapitre 5 : DES ATELIERS

Avant de voir quelques idées d’ateliers, nous proposons un modèle qui synthétise la préparation d’un atelier par le philosophe praticien. Il est utile d’avoir quelques repères dans le travail que nous allons présenter aux participants, comme de savoir la durée totale ou d’une partie de l’atelier, ce que nous voulons faire travailler, et comment, etc. Le fait d’envisager une structure libère de l’inquiétude quant au contenu, ce qui évite l’imposition de ses propres opinions et craintes, qui risquent souvent de se glisser derrière un discours de bienpensance et de bienveillance. L’activité de la pensée est joyeuse et libre, elle est contagieuse, qualités qui la font regarder trop souvent comme une revendication ou une rébellion. Mais sa nonchalance studieuse provient du fait que tout contenu peut être questionné, ce qui ouvre des portes sur des surprises, des idées examinées sous de nouveaux angles ou des points de vue différents.

 

MODÈLE D’ATELIER

Le titre : 

Il permet de savoir d’emblée de quoi il s’agit, sur quoi le travail philosophique sera axé. Généralement, les participants aiment avoir un avant-goût de ce qui va se passer, habitués à être dans un cadre. De plus, le titre donne un point de départ concret qui structure d’emblée la discussion à venir. Une question a priori informelle comme « pourquoi êtes-vous là ? » en guise de titre, s’intéresse certes à la dimension pratique et immédiate des participants, mais s’inscrit aussi dans un questionnement plus existentiel sur les raisons qui peuvent motiver nos actes. Ainsi, poser un cadre délimite le thème abordé et donne la possibilité de le creuser.

 

Le temps prévu : 

Il s’adapte à la capacité du groupe à suivre un exercice : ce peut être vingt minutes pour les petits en début de pratique, deux heures pour des adultes, voire plus pour un travail d’approfondissement pour des personnes habituées à l’exigence du travail philosophique. 

Le nombre de participants : 

On peut faire un atelier avec cinq personnes, comme une vingtaine, voire plus. Lorsque le nombre le permet -ou le requiert-, le principe des sous-groupes favorise la gestion de l’ensemble et maintient la pensée individuelle dynamique. 

Les principes généraux : 

Le but d’un atelier philosophique n’est pas de faire une conférence auprès d’un public, qui se maintiendrait dans une écoute relativement passive.

Il s’agit de mettre les participants en situation de discussion, d’écoute et d’argumentation. Nous prenons le temps de nous poser, et ainsi de rompre avec les habitudes de conversation à bâtons rompus, afin de retourner aux bases du langage et de redonner du sens à ce que nous disons. Cela se fait dans un cadre qui assure une interaction avec les autres et avec les idées. Ce qui implique de faire attention à l’autre et de s’observer soi-même.

Description du travail à faire : 

Le philosophe : 

Il anime la séance, c’est-à-dire qu’il lui donne vie, le souffle de l’élément créateur. Il questionne ce qui est confus, ce qui surprend ou ce qui provoque une résistance à la pensée. Il peut s’agir d’une formulation floue, d’un manque de pertinence ou de concret, d’une difficulté ou d’un désaccord. Même un accord peut être justifié, ce qui éclaire les uns et les autres sur le déroulement d’une réflexion. Le philosophe praticien s’assure aussi que chacun participe, selon ses propres moyens, mais au minimum manifeste sa présence dans le groupe. 

Les participants : 

Ils sont amenés à se poser, à suivre le processus et à se concentrer sur une idée. Comme ils prennent part à un travail collectif, ils joignent leurs efforts vers un but commun. Cette démarche offre une alternative à une vie subjective bien remplie qui les empêche souvent de s’ouvrir à d’autres perspectives de pensée.

Les objectifs : 

Il s’agit de développer certaines compétences cognitives, réflexives, comportementales et empathiques. Leur nature varie en fonction du type, de l’âge du public. Mais il est avant tout question de faire penser l’individu par lui-même, également par rapport au groupe, d’écouter attentivement, de sélectionner l’essentiel et d’argumenter. Le but final est d’inviter à s’approprier le questionnement comme une structure indispensable pour penser clairement et aisément. A l’issue de l’atelier, chacun repart en ayant changé d’avis, découvert un point de vue ou en ayant exploré les implications de sa propre pensée. 

La méthodologie : 

Nous invitons l’animateur à questionner et à observer ce qui se passe dans la discussion. Lorsque le praticien – ou le participant – pose une question, il exige une réponse. Non pas, en tant que pure subjectivité, mais parce que la question demande une information. Si un participant ne peut pas répondre, il peut demander de l’aide au groupe ou s’interroger sur sa difficulté. 

Méthodologie plutôt pratique dans le sens où elle fait penser par soi-même et non colporter des opinions courantes, du moins il sera question d’articuler celles-ci à la pensée personnelle. Les articulations se feront grâce au raisonnement logique ou au moyen d’un concept. Les concepts ont différents types de rapports : causalité, opposition, similitude, généralisation, réduction, etc. Que nous les comparions, opposions, approfondissions, explicitions, nous arrivons à une problématisation, une limite, un nouvel éclairage ou une incapacité de juger ou un dilemme.

Lorsque l’animateur choisit la formule des petits groupes, il donne les instructions aux participants en grand groupe avant que ceux-ci ne se répartissent dans la salle. Les petits groupes peuvent se composer de trois ou quatre participants ou être des binômes. 

Les instructions ne sont pas les éléments fondamentaux de l’atelier. Autrement dit, si une instruction n’est pas appliquée à la lettre, cela devient un objet de pensée et non une erreur. Ainsi, les instructions servent de point de départ ou de prétexte à l’atelier. A ce titre, il n’est pas nécessaire d’accorder trop de temps d’exécution à cette étape, sauf si elles deviennent l’objet de la discussion. Rien n’empêche en effet d’échanger alors sur des interprétations différentes et d’en voir les enjeux.

Les outils et matériaux : 

Dans une salle, un tableau blanc, du papier, des stylos, des crayons de couleurs, de la terre glaise ou de la pâte à modeler, ou tout autre support audio ou visuel : photographie, vidéo, musique, jouet, etc. Si la séance se fait par visioconférence, l’emploi d’objets concrets reste possible, tout autant que des supports visuels ; il est aussi intéressant d’utiliser google doc, facile et pratique interface d’écriture instantanée ressemblant à l’application Word. 

Questions types : 

 «  Pourquoi dites-vous cela ?  »,

 «  Voulez-vous savoir ?  »,

 «  Qui est d’accord ?  »,

 «  Qui n’est pas d’accord ?  »,

 «  Qui voit un problème ?  »,

 «  Pouvez-vous choisir entre A et B ?  »,

 «  Qui peut aider à choisir ?  »,

 «  Qui veut défendre cette idée ?  »,

 «  Qui voit l’enjeu qui se dresse là ?  »,

 «  De quelle façon voit-on le monde quand on dit cela ?  »,

 «  Quelle conséquence cela peut-il avoir ?  »,

 «  Quel en est le contraire ?  »,

 «  Qui a remarqué ce qui se passe ?  »,

 «  Êtes-vous surpris ?  », etc.

Attitudes philosophiques : 

– Observation : 

Nous utilisons nos yeux, nos oreilles principalement pour relever des informations sur les attitudes des participants, de l’animateur, sur la disposition du groupe et divers événements qui vont le traverser. 

– L’écoute : 

Il est important d’écouter afin de suivre la discussion, de connaître l’étape à laquelle elle est arrivée (question, accord, argumentation, etc.), pour savoir si une intervention est pertinente. Mais il arrive que la concentration faiblisse, c’est normal. Il ne faut pas hésiter à demander à répéter une idée ou même à s’interroger sur la cause de notre distraction. Nous apprenons souvent sur nous-mêmes grâce à des petits événements de ce type.

– La synthèse : 

Tout au long de la discussion, il est important de garder l’essentiel de ce qui est dit, grâce à la reformulation ou la conceptualisation, afin de ne pas se perdre dans les détails, ou dans ses idées. Soit la synthèse est formalisée en tant que moment distinct, soit elle est une compétence qui peut être effectuée à n’importe quel moment de la discussion.

– Choix : 

Choisir est une caractéristique de la maturation de la pensée, cela implique de ne pas vouloir tout prendre et d’accepter de laisser de côté des idées secondaires. Cela implique de prendre le risque de l’erreur et de nous familiariser avec les limites de notre pensée, notre finitude.

– Étonnement : 

C’est la base de la pensée, ce sans quoi elle ne peut se mettre en œuvre. Aller vers la nouveauté, ou repenser le familier. S’arrêter à une idée et la contempler, observer notre rapport à elle et en découvrir les caractéristiques.

– Questionnement : 

Son rôle est de vérifier si une idée est claire, si elle est pertinente, ou si elle nécessite un travail de justification. Tester sa pensée et celle d’autrui, ne rien prendre pour acquis, c’est le travail de l’esprit critique.

– Patience : 

Le travail de la pensée est long et lent, d’autant plus lorsqu’il est collectif et expérimental. Il ne faut pas avoir peur de produire peu d’idées, mais il vaut mieux s’intéresser à leur qualité et à leur intelligibilité.

– Risque : 

Nous avons vu celui de l’erreur, il y a aussi celui d’exister. Exister est un risque, l’individu se montre au groupe, se met en rapport avec l’idée, parfois avec difficulté, il déroule sa pensée, la pousse et lui fait parcourir divers chemins inattendus, rencontrant fréquemment l’incertitude ou des limites. Philosopher, c’est d’une certaine manière apprendre à mourir à soi. C’est repérer ce qui est essentiel et laisser ce qui est accessoire parmi toutes les choses à notre «  disposition  ». C’est aussi mettre de côté la dimension subjective, composée des affects et des pensées habituelles, pour se consacrer à la réflexion commune.

– Empathie : 

Il s’agit de se mettre au niveau universel, de trouver ce qui est commun aux individus, de penser suivant ces paramètres. Cela revient à reconnaître chez l’autre le problème qui peut être chez soi. C’est l’examiner, identifier ses implications, le transposer dans notre connaissance de nous-même.

– Interaction individu/groupe : 

L’exercice consiste à ne pas rester sur ses positions, à suivre le cheminement de la discussion, qui est mené par l’animateur, accueillir les idées des autres, être présent à la discussion, faire l’effort de la clarté, être capable d’abandonner une hypothèse après avoir fait un travail de vérification.

Compétences philosophiques : 

Juger : nommer ce que nous voyons ou en déterminer l’intérêt

Argumenter : appuyer une affirmation sur une preuve

Clarifier : parler à l’attention d’autrui ; nous pouvons reformuler, synthétiser, exemplifier

Abstraire : extraire une idée d’un propos, dans un mot clé ou concept ou une expression ; être capable de transposer cette idée sur d’autres plans.

Exemplifier : associer un exemple à une idée pour la rendre concrète

Être logique : établir une cohérence entre des idées, ne pas se contredire

 

Travail avec les enfants :

L’atelier de pratique philosophique rend visible ce qui est visible. De telle sorte qu’il suffit de prendre acte de ce qui émerge dès les premiers instants de la rencontre, afin de nourrir le travail collectif, du moins de l’amorcer. Si les enfants sont énervés, qu’ils ont envie de courir, de crier, ou de danser, il peut être utile de les faire courir, crier ou danser dans un exercice formalisé. Ceci implique une grande capacité d’adaptation de l’animateur, car il peut être amené à changer la forme de son atelier afin de le faire davantage correspondre à ses observations de début de séance. Ils peuvent le faire physiquement dans la salle ou dehors éventuellement, ou mentalement, dans un petit exercice de méditation. Ainsi, cela peut faire l’objet d’une première étape du travail. Autrement dit, avant d’engager le groupe dans certaines règles de jeu, il est parfois préférable de leur concéder une certaine liberté d’action avant de les amener petit à petit au travail souhaité. « Je sais ce que tu veux, et j’ai le pouvoir de te l’accorder, mais avec des limites », « 5 minutes par exemple, à condition que tu fasses ce que je suis venu te faire faire ». C’est une sorte de négociation donnant-donnant. Néanmoins, cette démarche présente des faiblesses, d’une part, laisser faire les enfants comme ils sont habitués à faire est contradictoire avec la dimension philosophique qui invite à s’étonner et s’interroger ; et d’autre part, les enfants peuvent ne pas comprendre pourquoi le jeu change de forme au fil de l’eau. 

D’une manière intermédiaire, nous pouvons leur proposer de faire « le vieux chinois », assis sur sa chaise, les pieds au sol, les mains sur les genoux, le dos droit et en respirant tranquillement. Il est préférable aussi de jouer sur la gestuelle et les intonations, l’aspect ludique attire l’attention des enfants. Il est possible de théâtraliser : parler doucement, ou s’étonner en haussant le ton, etc. Mais cela présente un risque d’excitation, il est donc préférable de le faire de façon raisonnable. Quant à la disposition des chaises, en cercle, tout le monde à la même hauteur, elle est importante pour intégrer l’animateur dans le groupe et sa communication. 

En général, le principe est de faire penser les enfants sur toute chose en rapport avec la discussion. Par exemple, un phénomène récurrent dans le travail avec les enfants est l’agitation et la distraction. Il est alors intéressant de faire remarquer à un enfant, en lui faisant formuler le problème que son attitude engendre, pour lui-même, chez un autre élève ou dans l’évolution du travail collectif, et en le questionnant sur ses conséquences ou sa récurrence. Bien sûr, la réflexion sur soi et par soi-même est fondamentale, mais il est possible de raccourcir le processus par moment afin de ne pas perdre la dynamique de la séance, nous pouvons donc expliquer brièvement ce qui se passe et y suggérer un nom. Il reste cependant préférable de voir avec lui si l’idée suggérée est acceptable ; même s’il est probable que les parents et pédagogues lui auront déjà fait remarquer son comportement, il ne l’aura pas formulé de façon autonome. Donc, s’il n’accepte pas l’idée, il peut en proposer une autre.

En complément, lorsqu’un enfant a régulièrement la même attitude ou effectue le même geste : il est bien de lui proposer des petits exercices personnalisés, qu’il aura du plaisir ou de la facilité à faire. Ou il est possible de l’imiter, ou de le faire imiter, en plaisantant un peu, cela donne du relief au geste inconscient : car, en demandant à l’auteur du geste, nous voyons très vite qu’il ne sait pas – ou ne veut pas savoir – qu’il l’a fait. Nous pouvons transformer en jeu le calcul du nombre de fois où un mot parasite est prononcé, «  mais  » par exemple, véritable effaceur linguistique. Ou encore, proposer de compter un, deux, trois avant de prendre la parole régule l’empressement. Le participant peut même tenter de tourner sept fois sa langue dans sa bouche : un vrai spectacle, mais un peu stressant pour les grands nerveux !

Travail avec les adultes :

L’attitude de l’animateur est déterminante, tout autant que l’intonation de sa voix et sa posture. Il est possible de jouer de cela afin de contourner certaines résistances liées au questionnement d’approfondissement d’une attitude personnelle par exemple. Généralement cependant, il apparaît préférable de ne pas trop en faire, de ne pas mettre en avant sa subjectivité afin de garder un regard clair sur le déroulé de la séance. Globalement, une posture sereine tranquillisera l’interlocuteur.

Pour le reste, il suffit de se reporter au travail avec les enfants, où de nombreuses clés sont déjà données, car, si nous y regardons de plus près, au-delà des apparences liées au statut, les fondements du travail philosophique sont les mêmes. A ceci près que les adultes ont acquis de la maturité et ils considèrent généralement qu’avec elle vient la conscience de soi, l’expérience apportant la connaissance. Ils peuvent s’avérer donc plus susceptibles quant à l’image de soi et la reconnaissance de leur histoire personnelle. Mais s’ils se prêtent au jeu du questionnement, ils peuvent facilement se rendre compte que tout n’est pas si facile à penser ou qu’ils n’ont pas eu l’occasion de penser n’importe quelle idée et que l’atelier est le cadre idéal pour entraîner diverses aptitudes propres au penser. 

Conclusion sur l’atelier : 

La conclusion ne sert pas à prolonger le contenu de la discussion, mais plutôt d’élaborer un jugement « méta ». Des questions types sont utiles pour repérer l’impact de l’atelier sur la pensée individuelle et pour permettre au participant de formuler et partager un jugement sur le travail qui vient d’être accompli. 

Est-ce que vous avez aimé ou pas ? Qu’est-ce que vous avez aimé ? Qu’est-ce qui vous a posé problème ? Y a-t-il une idée qui vous a surpris ? Avez-vous changé d’avis à un moment de l’atelier ? Y a-t-il une idée plus claire qu’au début de l’atelier ? Avez-vous découvert un enjeu intéressant ? Avez-vous une question ?

 

EXEMPLES D’ATELIERS

 

ATELIER 1. CONNAÎTRE LES ÉMOTIONS

Objectifs :

  • Identifier les émotions de base
  • Nommer les émotions
  • Les décrire dans un fonctionnement individuel (attitudes et causes)
  • Reconnaître ses émotions et celles d’autrui (différences et similitudes)

Démarche :

Choisir trois personnes volontaires qui, chacune à leur tour, vont mimer une émotion. Ou utiliser des cartes d’images que nous pouvons trouver dans le commerce. (5′) Les saynètes apportent un côté ludique et engagent plusieurs participants en même temps, l’ensemble est plus dynamique.

Après les représentations, les autres participants doivent chacun préparer une question pour essayer d’approfondir ou de clarifier chaque émotion.

Faire adresser trois questions à chaque personne qui a mimé une émotion, auxquelles elle répond. Ou, si ce sont des cartes, faire poser trois questions sur chaque carte d’émotion par les uns, et faire répondre d’autres participants à ces trois questions. Ainsi chacune des émotions est mieux définissable, et en même temps, cela dynamise la participation. (15′)

Puis demander aux participants de choisir une des trois émotions qui attire, faire dire pourquoi, et une autre émotion avec laquelle ils gardent une distance, faire dire pourquoi.

Ceci peut être un travail individuel et peut se faire à l’écrit ; en complément, il est possible d’organiser des petits groupes d’échanges sur les écrits, pour produire une idée synthétique ou pour choisir la meilleure idée selon des critères variés et établis dans les petits groupes. Ce choix peut se faire malgré l’absence de consensus, il pourrait revenir au groupe de s’en remettre à la personne qui a le plus de facilité pour faire un choix. Dans le travail avec les enfants particulièrement, il est bon de passer parmi les groupes afin de faciliter la tâche. 

Ensuite, réunir de nouveau les participants en grand groupe : faire lire un des travaux écrits et faire partager les fruits des échanges faits dans les petits groupes. Travailler les accords / désaccords par l’argumentation et l’exemplification ; est-ce que tu es d’accord ou pas ? Pourquoi tu es d’accord ? Qu’est-ce qui ne va pas dans son idée ? As-tu un exemple à proposer ? 

Si besoin, pourquoi ne pas demander aux mimes de refaire une démonstration afin de faire ressortir de nouveaux éléments.

Veiller à garder une participation équilibrée dans la discussion en faisant faire de petits votes collectifs de temps en temps. Ce qui permet de compenser les moments d’argumentation individuelle et de permettre aux timides et silencieux d’exprimer un bref avis

Finir par une conclusion

Quelles émotions avons-nous vues ? Est-ce que c’est plus facile de reconnaître telle émotion ? Est-ce qu’une émotion reste difficile à reconnaître ? Est-ce que nous avons dit quelque chose de nouveau sur une émotion ? Est-ce que ton émotion va rester la même ou sera différente après notre discussion ? etc.



ATELIER 2. QUELS SONT LES PROBLÈMES POSÉS PAR LE CHANGEMENT ?

Objectifs : 

  • Travailler l’interprétation et la conceptualisation d’une pensée sur le changement.
  • Comprendre le rapport d’une personne au changement
  1. I) PRÉPARATION INDIVIDUELLE (dix minutes : 3’ pour les instructions et 7’ de travail individuel)

1) Demander à chaque participant d’écrire sur un papier volant une affirmation sur le changement, ce peut être une pensée personnelle ou une citation d’auteur. (2’) L’animateur collecte toutes les affirmations dans un chapeau et les redistribue aléatoirement.

2) L’animateur demande à chacun de lire et de vérifier l’écriture ou le sens d’un mot. (2′ si aucun problème, plus long en fonction du nombre de clarifications)

3) Faire écrire une phrase d’interprétation de l’affirmation. Ceci implique de faire confiance à sa capacité de compréhension. 2′

4) Faire résumer en un mot, autrement dit conceptualiser, l’interprétation qui vient d’être faite. N’importe quel mot peut servir de concept, du moment qu’il est pertinent. 2′ 

Principe : Prenons du temps pour vérifier si quelqu’un ne comprend pas le travail à faire, et si nécessaire, voyons avec le groupe pour l’expliquer. De cette façon, nous posons les bases de la discussion et de la communication collectives.

Pour ce faire : demander au groupe « qui a compris le travail à faire ? », « qui n’a pas compris ? ». Si quelqu’un lève la main pour signaler une difficulté, nous pouvons demander au participant « qu’est-ce que vous n’avez pas compris ? ». Demandons ensuite si quelqu’un veut bien expliquer le point. Vérifions avec le participant si l’explication est claire grâce à sa reformulation et que cela l’a aidé. Si oui, alors faisons de même avec d’autres participants qui auraient un autre problème. Si c’est le cas, il est préférable de clarifier le nouveau problème de suite, afin de donner un bon départ à la discussion collective. Par contre, si la difficulté peut être contournée, aspect à valider avec le participant, nous pouvons lui proposer de travailler avec ce qui a été compris. 

N.B. : Possibilité de donner les instructions une par une afin de ne pas surcharger les esprits.

  1. II) TRAVAIL ÉCRIT

5) Lorsque les problèmes de compréhension ou d’incertitude sont clarifiés, alors nous pouvons procéder au traitement du travail demandé. Un temps sera imparti pour la tâche, quelque peu frustrant, mais limite incontournable, l’essentiel étant l’échange des idées dans le groupe.

Pour vérifier que le travail est terminé : demander « qui n’a pas fini d’écrire ? », puis « combien de temps vous faut-il pour finir ? » ou « quelle est votre difficulté ? ». De nouveau, il peut éventuellement être intéressant d’avoir un rapide échange à ce sujet : « qui peut expliquer sa difficulté ? », « prenez-vous ce qu’il ou elle a dit ? », « voulez-vous une autre explication ? ». Valider avec la personne par cette question « comment nommez-vous un fonctionnement qui cherche à ou évite de ? », etc. C’est une sorte de management, certes en simplifié, de l’équipe et du temps.

III) TRANSITION ENTRE LE TRAVAIL INDIVIDUEL ET LE TRAVAIL COLLECTIF (quinze minutes)

6) Constitution de duos de personnes pour discuter les concepts trouvés. (3 minutes pour donner l’instruction et constituer les duos)

Principe : en duo, il sera plus simple d’aborder le travail fait individuellement qu’en l’exposant d’emblée au groupe, cela permet de préparer le travail collectif et encourage à la discussion.

7) Validation des concepts : chacun des deux expose ce qu’il a écrit ; parallèlement, l’animateur fait tourner le temps de parole dans les duos (dix minutes).

Condition : nous nous appuierons sur le sens commun : il faut dire si le concept donné pour l’interprétation est pertinent ou pas. Celui qui soulève un problème doit expliquer pourquoi, en particulier si le concept est relatif au changement ou pas, et proposer un nouveau concept en échange éventuellement.

8) Conclure ce dialogue à deux en formulant une problématique issue de la discussion (sur sa forme ou sur son contenu) (3 minutes)

  1. IV) TRAVAIL COLLECTIF (trente minutes)

9) Un duo volontaire expose ce qui a posé problème pendant la discussion, qu’il est possible d’écrire au tableau pour tous.

10) Discussion collective dessus (argumentation, contre-argumentation)

Principe : Tout au long de la discussion, invitons les participants à parler clairement ; en cas de confusion d’un participant, il est préférable de demander une reformulation par une autre personne, de cette façon nous faisons circuler la parole dans le groupe et activons l’objectivité. « Qui peut reformuler ce qu’il a dit ? », « Qui pense que la reformulation est bonne ? », « Si la reformulation n’est pas bonne, qui en propose une autre ? ». Invitons ensuite l’auteur de la phrase reformulée à choisir la meilleure reformulation. Le but est de valider chaque étape de la discussion afin d’être sûr de parler de la même chose ensemble. Attention, le processus est découpé ici afin d’en faire apparaître les rouages, mais il n’est pas nécessaire d’être toujours aussi minutieux.

Quand quelqu’un propose une idée porteuse, demandons qui est d’accord, qui ne l’est pas. Le participant en désaccord doit énoncer une idée pour contre-argumenter. Ces idées opposées pourront être écrites au tableau afin d’être visibles et mémorisées. Éventuellement, nous pouvons demander à un participant de proposer l’enjeu qui oppose l’auteur de l’idée porteuse et celui qui la contredit.

Il pourrait être intéressant d’aboutir à une problématique : soit formulée en une question soit dans une phrase qui oppose les deux idées.

11) S’il n’y a plus rien à dire à propos du premier cas exposé, alors il est possible de demander un autre cas à analyser en groupe.

12) Après avoir discuté ce second cas, et être arrivé à une problématique : comparons les deux problématiques et voyons ce qu’il en ressort.

Le travail peut être arrêté après cette étape, ou continué, suivant le temps imparti, le souhait de l’animateur, la fatigue des participants, etc.

  1. IV) MÉTA DISCUSSION (quinze minutes)

Examinons quelles sont les problématiques qui sont ressorties du travail collectif et leur nature. Et vérifions si les émotions sont intervenues, de quelle manière. Ou encore faire une critique positive et/ou négative sur le fonctionnement de l’atelier.

 

ATELIER 3. EMOTIF OU ANALYTIQUE ?

Outils et matériaux : Tableau blanc, papier, crayon.

Principes généraux : Il s’agit de voir quelles sont les tendances dans notre oscillation entre raison et sentiment.

Objectifs : développer la connaissance de soi et en connaître les avantages en management.

Méthodologie : Par le processus d’écriture, une certaine distance s’installe avec le contenu de la narration, les problématiques soulevées paraissent moins personnelles et les participants sont moins timides.

Description du travail à faire : Donner un exemple réel ou inventé d’une situation où chacun est partagé entre la raison et le sentiment. La description doit faire figurer clairement la partie raison et la partie sentiment.

Le philosophe : il va laisser quelques minutes à chacun pour écrire individuellement son exemple sur papier. 

Les participants : Donner sa feuille au voisin de droite qui va synthétiser l’exemple de l’auteur en un concept.

Rendre la feuille à son auteur.

L’auteur va indiquer s’il est d’accord ou non avec le concept et expliquer pourquoi.

Donner la feuille au voisin de gauche qui propose une solution au déséquilibre, s’il y en a un. Ou soulever un problème (ou pas) s’il y avait accord.

Rendre la feuille à l’auteur, qui pourra proposer des observations sur le travail fourni par le trio.

Faire un tour de cercle afin de faire lire par chacun le contenu de l’échange. Demander alors quelle nouvelle connaissance est obtenue sur soi-même.

Que chacun écoute attentivement et relève un problème intéressant.

(Dans le cas où les participants ont été répartis en groupes de trois, proposer à chaque groupe de faire une synthèse de leurs observations et de formuler une problématique. Faire énoncer les synthèses de groupe, suivies des problématiques et demander pour une résolution de quelques problématiques soulevées.)

 

ATELIER 4. EXERCICE DE MÉDITATION

Objectif : tranquilliser, recentrer l’individu sur lui-même.

Principes généraux : c’est un moment de calme et de prise de conscience de soi. Il peut être suivi d’un travail de réflexion collective, d’échange argumenté et structuré sur les expériences individuelles.

C’est plus intéressant de proposer l’exercice de méditation au début de la séance, mais cela peut se faire éventuellement à la fin. Si l’exercice est pratiqué au début, il tranquillise les participants et anticipe le problème de l’excitation des participants. En apparence, il est question de poser les élèves, mais cela permet aussi à l’animateur ou au professeur de prendre ses marques par rapport au groupe, surtout si celui-ci est a priori plus difficile. Et la méditation est un moment transitoire qui permet à l’individu de se ressentir au sein d’un groupe, formé pour un travail collectif.

Inviter les participants à mettre les mains sur les genoux, décrire précisément certains détails comme mettre le creux de la main sur l’arrondi du genou, ce qui détourne l’attention et prend en charge la difficulté que le participant rencontrera en s’essayant à cet exercice.

Se tenir le dos droit, soit en avançant sur la chaise pour pouvoir mettre les pieds à plat au sol, soit en se mettant au fond du fauteuil.

Chacun ferme les yeux. C’est plus facile pour les moins nerveux, mais les autres doivent essayer. Nous sommes souvent surpris par de nouvelles capacités. Nous respirons tranquillement, nous veillons à ce que les participants ne se mettent pas à multiplier les bruits inopinés tels que les soupirs, bâillements et autres. Si cela se produit, il faut alors indiquer sans trop en faire nous avons compris que l’exercice rend un peu nerveux ou crée de curieuses sensations, parfois un peu désagréables. Mais tout le monde peut y arriver, nous essayons de faire au mieux l’exercice, et nous pouvons être surpris parfois de ses capacités.

L’animateur peut ensuite demander un concept sur l’expérience et le faire justifier. Ceci permet d’associer l’exercice intellectuel avec l’expérience sensible. 

Une autre formule de méditation est de faire marcher les participants dans la salle ou dehors, si le contexte le permet, en proposant de bien sentir les pieds qui touchent le sol, de ne pas parler avec celui que nous croisons, de se recentrer, mais sans se concentrer. L’exercice se fait pendant deux ou trois minutes, pendant lesquelles il est aussi possible de mettre une musique. Ensuite, les participants sont invités à retourner à leur chaise tranquillement et de noter un (ou des) concept en rapport avec l’expérience. 

 

ATELIER 5. LE PHÉNOMÈNE DE L’ERREUR

Nous allons écrire sur un tableau les idées importantes qui concernent l’erreur et les émotions qui vont avec.

Travail du participant : 

1) Tout d’abord chacun écrit sur une feuille dans quel domaine il craint le plus de faire une erreur. Si la personne indique « travail », elle doit préciser si c’est dans l’administratif, dans le relationnel, de donner un champ d’action assez caractérisé.

2) Chacun écrit ensuite un exemple concret de cette erreur, peu importe qu’il soit vrai ou inventé. 

3) Ensuite, chacun va proposer en une phrase une émotion engendrée et qui serait très problématique.

4) Puis, chacun explique en une phrase le lien entre la conséquence émotionnelle et le domaine où chacun craint le plus de faire une erreur. 

Travail du philosophe ou de la personne qui peut lui servir de « secrétaire » : Lister au tableau les domaines dans une première colonne, les erreurs dans une deuxième colonne, les émotions dans une troisième colonne. 

5) Bonus possible : faire une dernière colonne de transvaluation du négatif vers le positif. Proposer au groupe de trouver un avantage à l’erreur dans le domaine concerné, ou bien en quoi ce n’est pas une erreur. Et faire un travail de transvaluation, voir le positif : soit demander quelle émotion serait procurée par l’avantage donné, soit examiner en quoi l’erreur n’en serait pas une.

Moyens de discussion : 

Donner à l’auteur d’une idée proposée l’occasion de justifier avec un argument et ensuite de résumer en un concept. Puis utiliser le vote en groupe pour vérifier la compréhension et valider l’idée.

Si la conceptualisation est difficile individuellement, faire demander de l’aide au groupe. Faire valider le concept à la majorité, la minorité ne sera pas obligatoirement d’accord, mais aura au minimum compris l’idée. Et vérifier que l’auteur de l’idée initiale accepte le concept choisi avec le groupe. Cette démarche ne doit pas être systématique, cependant sa répétition donne de bonnes habitudes à prendre dans un travail de groupe afin d’avoir une collaboration optimale, un décentrement efficace et une pensée flexible.

On peut finir en demandant aux participants de faire des remarques sur la composition du tableau : sur des liens entre certains éléments, des points qui posent problème, l’enseignement que nous pouvons en tirer concernant l’erreur et les émotions inhérentes.

 

ATELIER 6. À PARTIR D’UN CONTE BOUDDHISTE

Texte choisi : Le moine qui était orfèvre – Peut-on maîtriser ses émotions ?

Conte bouddhiste tiré du livre Sagesse des contes bouddhistes, exercices philosophiques, écrit par Oscar Brenifier et Isabelle Millon.

Un moine sollicita son maître pour qu’il lui propose un sujet de méditation. – Certainement, répondit son maître, observe les pensées impures qui surgissent dans ton esprit. Si tu les perçois bien, tu verras éventuellement la vérité. Le moine le remercia et affirma qu’il ferait de son mieux. Il se rendit sous un arbre et s’assit en position de méditation. En effet surgirent diverses pensées négatives : la possession, l’avidité, l’entêtement, l’orgueil… Mais au bout d’un certain temps, il s’arrêta, ne pouvant plus supporter cet exercice. Il n’avait jamais réalisé à quel point son esprit était empli d’impuretés. Il en conclut qu’il n’était pas digne d’être moine. Le voyant revenir, le maître lui demanda comment allait sa méditation. Il répondit qu’il avait en lui tellement de colère et de jalousie qu’il pensait être incapable de changer cet état des choses, et qu’il valait mieux abandonner sa carrière de moine. Désolé, ne sachant que faire, le maître proposa au moine de rencontrer le Bouddha, qui se trouvait non loin de là. Ce dernier, très clairvoyant, demanda au moine s’il était orfèvre avant de prendre la robe. L’autre, surpris, répondit affirmativement. L’Éveillé prit alors le maître à part et lui expliqua que le moine était incapable d’observer ses pensées impures parce qu’ayant travaillé si longtemps avec l’or, un métal très pur, fabriquant de beaux objets, il ne pouvait regarder que de belles choses. Aussi fallait-il lui trouver un autre objet de méditation, quelque chose qui lui serait plus agréable. Puis il revint vers le moine et lui dit de se détendre, et de regarder un bourgeon de lotus qui flottait dans la mare devant lui. – Mais ne devrais-je pas plutôt méditer ? s’exclama le moine. – C’est ta méditation ! répondit l’Éveillé. Le moine fut surpris. Cependant, il se dit qu’il valait mieux écouter les paroles du Bouddha, l’être de compassion. D’autant plus que l’endroit lui plaisait assez, et que l’idée était agréable. Et il se mit en position au bord de l’eau. Un peu plus tard dans la journée, il vit le bourgeon s’ouvrir et s’extasia de la fleur magnifique qui s’épanouissait. Il pensa qu’il pourrait contempler une chose aussi sublime toute sa vie. Mais dans la soirée, les pétales de la fleur tombèrent l’un après l’autre. Déçu, le moine s’étonna qu’une telle beauté pût s’évanouir aussi rapidement. Et continuant sa réflexion, il se dit que si une beauté comme celle du lotus ne pouvait pas durer, peut-être aussi les pensées impures de son esprit, moins parfaites, disparaîtraient plus vite encore. Il décida donc d’observer à nouveau ses mauvaises pensées : s’il ne faisait que les observer, sans se troubler, il verrait ce qui pouvait se passer. Il contempla alors sa colère, sa frustration et son impatience, mais décida de rester calme. Il les vit alors s’estomper, et comprit que toutes les choses sont fluctuantes, que rien ne dure éternellement. En découvrant l’impermanence des choses, il s’extasia de voir que son esprit pouvait devenir aussi pur que l’or avec lequel il travaillait auparavant. Il salua la fleur qui lui avait montré cette vérité et remercia le Bouddha pour sa grande sagesse.

 

Structure

  1. Nous commençons l’atelier en lisant le conte. Nous pouvons le lire à haute voix ou en silence.
  2. L’animateur vérifie si tout le monde a compris l’histoire en demandant à ceux qui ont compris de lever la main.

Puis l’animateur demande à ceux qui ont des difficultés à comprendre de lever la main.

  1. Ensuite, l’animateur guide le groupe pour faire un résumé ensemble.

Cela demande de synthétiser l’histoire, de se rappeler des détails importants, de discuter et d’écouter les idées des autres, et de reformuler les informations.

Principes

Pour travailler en groupe, il y a des règles à suivre :

  • lever la main pour parler
  • écouter les autres et être attentif à ce qu’ils disent
  • utiliser le dialogue pour comprendre les idées à partir de plusieurs points de vue

Poser des questions est important pour :

  • clarifier les idées
  • développer l’argumentation et l’ouverture d’esprit
  • favoriser l’apprentissage en identifiant, sélectionnant et organisant les informations.

Le questionnement est une démarche d’empathie cognitive et psychologique qui peut aider à comprendre les idées des autres et motiver à penser ensemble.